L’âme de Ferré a plané sur Cluny

coeur1Jeudi 26 août sur la scène du théâtre de Cluny, dans le cadre du Jazz Campus en Clunisois 2010, Yves Rousseau a présenté son projet « Poète, vos Papiers ! » et à cette occasion la magie a opéré. L’espace d’un concert, Ferré a ressuscité. Grâce aux musiciens réunis sur scène autour du leader contrebassiste, l’âme de grand poète, disparu en 1993, a déployé ses ailes pour notre plus grand ravissement.

yves-rousseau-presenteYves Rousseau a conçu de rendre hommage à Léo Ferré à partir de son recueil « Poète, Vos Papiers » paru en 1956. Il a ciselé des arrangements modernes sur les musiques de Ferré mais aussi mis en musique certains poèmes, jamais chantés par Ferré. Lors de sa parution, le disque nous avait enchantés. Sur scène le répertoire a gagné en épaisseur et a restitué tout l’esprit de Ferré, sa révolte et sa modernité, il nous a renvoyé au monde d’aujourd’hui dont il restitue un écho : barbarie et oubli du démuni, abus des puissants et misère du quotidien. Yves Rousseau et ses compagnons ont mis en scène  le monde de Ferré avec flamboyance et ardeur, rage et revendication : les artistes ont ainsi répondu au chaos du monde par un tumulte musical tonitruant de mots et de sons organisés à la perfection.

regis-huby_violon-electPour ce projet Yves Rousseau, à la contrebasse, est entouré des compères avec lesquels il joue habituellement en quartet : Régis Huby dont les violons passent de la caresse au paroxysme de grincements saturés, jean-marc-larche-gros-planJean-Marc Larché, dessinateur essentiel des lignes de soutien de l’oeuvre et dont les interventions au sax soprano donnent de l’épaisseur aux voix des chanteuses et Christophe Marguet, christophe-marguetbatteur unique dont les nuances font merveille pour enchasser les chants murmurés et soutenir leurs expressions jusqu’à leur point culminant.

Pour porter les mots de Ferré, 2  muses unissent leur voix à la clameur des instruments. La complicité musicale des vocalistes sert le projet et lui confère une dimension émotionnelle incontestable.

claudia-solal-gros-planClaudia Solal, fantasque improvisatrice, met sa voix au service des mots avec lesquels elle garde une distance pour nous les offrir et mettre en valeur leurs nuances sans gommer leur force. Jejeanne-added_02anne Added, plus fougueuse, habite les textes, se les approprie, leur insuffle son énergie puis nous les catapulte avec puissance. Leurs registres diffèrent mais les chanteuses font mouche : avec ferveur pour l’une, violemment brûlante pour l’autre. La précision de leur interprétation est servie par des voix absolument maîtrisées. Elles s’emploient, chacune à sa manière,  à malaxer la pâte incandescente des textes de Ferré et des notes.

Tous les spectateurs présents ont entr’aperçu de manière fugitive le monde de Dante, le profil de la Dame à la Faux et  garderont le souvenir d’un spectacle radicalement brûlant avec des interprétations fortement émotionnelles de Madame la Misère et de Signoria Miséri (verion italienne de la précédente), du Concerto, du Testament, de L’été s’en fout  enchaîné avec Les passants.

Pour les Latins de Jazz, Nicole & Bernard Videmann ont chroniqué ce concert inoubliable.

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