Du swing latin brillantissime et fulgurant : Chucho Valdés
Un disque de Chucho Valdés est toujours un évènement.  Son dernier opus ne déroge pas à la règle. En effet, ce géant (au propre comme au figuré) du piano cubain, produit un disque qui pourrait être un élément marquant pour le latin-jazz et dessiner une piste qui pourrait l’aider à se renouveler en s’unifiant au-delà de ses formes ordinaires. Une nouvelle dimension projetée au-delà de la tradition cubaine, de la reproduction des modèles prégnants et univoques. Un tel propos est possible dans le disque par une plus grande dimension donnée à l’écriture, un paramètre qui permet au répertoire de se projeter dans plusieurs directions sans se désunir. Il a gravé ce disque avec son A
fro Cuban Messengers qui n’est pas sans évoquer les Jazz Messengers de Art Blakey (et l’importance déterminante qu’ils ont eu en leur temps).
La direction du Jazz, apparaît clairement à travers le titre du CD “Chucho’s steps”, qui sans ambiguité réfère à Coltrane (Giant Steps), ce répère incontournable dans la galaxie des maîtres. La texture du morceau éponyme s’inscrit dans l’essence même de la musique de Trane. C’est aussi le monde de Zawinul que Chucho salue avec un “Zawinul’s mambo”" offert au co-fondateur de Weather Report. Le disque donne aussi place au monde du jazz de la Nouvelle Orléans par un hommage à la famille Marsalis, “New Orleans.” La construction du morceau est exemplaire : breaks, relances, riffs et nombreux clins d’oeils : claquettes, wash board, sonorité de la trompette dans le plus pur style New, piano ragtime, … on s’y croirait, avec aussi des rappels de rythmiques cubaine. Chucho honore également dans le disque le monde de Cole Porter et de Gershwin dans un “Begin to be Good” qui vaut son pesant d’or musical.
Une ouverture en direction des musiques des Gnaouas du Maroc se profile dans le titre
“Yansà ” avec la voix de Dreiser Durruthy Bombalé qui tient les tambours Batà que Chucho a imposé dans son orchestre Irakere dans les années 70 alors q’ils étaient encore “tabous” à Cuba. La tendresse a aussi sa place dans le monde du pianiste : en témoigne le titre “Julian” qui est offert à son jeune fils de 3 ans.
Nous étions tombés sous le charme du nouveau répertoire de Chucho lorsqu’il s’était produit le 02 juillet au festival Jazz à Vienne 2010 et avions déjà noté dans le blog des Latins de Jazz combien la musique de Chucho
est loin des poncifs redondants de la musique cubaine, combien le charisme du musicien est grand. Le colosse fédère son groupe qui donne une musique haute en qualité et en couleurs
Ce disque, Chucho’ Steps, conçu avec sensibilité et réflexion, sorti le 26 août chez World Village/Harmonia Mundi, permet de nous remettre ces souvenirs en oreille et sera l’opportunité, pour ceux qui étaient absents au concert, de découvrir le nouveau monde musical de Chucho Valdes. Cet album vaut d’être écouté avec attention car il témoigne avec force de ce qui caractérise le Jazz du pianiste : virtuosité, spontanéité et exprimentation.
RV pour écoute de ce disque dans les Latins de Jazz, avec la programmation de Bernard & Nicole Videmann, du lundi au vendredi, de 23h à 04h.