« ¡Caramba! », voyage Paris-La Havane avec le Big Band « Bigre ! »

« ¡Caramba! », voyage Paris-La Havane avec le Big Band « Bigre ! »

Du mambo à la rumba, du boléro à la timba, du son au reggaeton, l’album « ¡Caramba! » invite à la danse. Avec le Big Band  « Bigre ! » on voyage entre Paris et La Havane.

Le Big Band « Bigre ! » sort son sixième album, « ¡Caramba ! » (Grolektif Productions/L’Autre Distribution) le 31 mars 2017. « Bigre ! » continue ses pérégrinations rythmiques métissées. Il réunit aujourd’hui la riche culture musicale cubaine et la grande chanson française.

« Bigre ! » est créé en 2007 par Félicien Bouchot  avec quelques musiciens du collectif « le Grolektif ». Depuis le trompettiste est toujours directeur musical et arrangeur du groupe. Dix ans après, « Bigre ! » a déjà enregistré cinq albums alors que le sixième se profile pour le 31 mars 2017… « ¡Caramba ! ».

Sur « ¡Caramba ! » les 21 musiciens du Big Band Bigre ! » font sonner les instruments. Section de saxophones, section de trompettes/bugles, section  de trombones/conques, guitare, claviers, basse, batterie et percussions, sans oublier deux invités de marque, Kevin Louis (voix, bugle) et Célia Kameni au chant sur la moitié du répertoire.

Sur « ¡Caramba ! », le big band « Bigre ! » célèbre les musiques cubaines avec un savoir-faire sidérant. Le son d’un grand orchestres cubain déclenche l’enthousiasme. On a envie de bouger au rythme du tempo. C’est à tomber raide de plaisir !

Après deux voyages à La Havane Félicien Bouchot a l’idée de remettre au goût du jour le son du big band cubain devenu plutôt rare après l’age d’or des années 50 et l’orchestre de Tito Puente.

Pour ce faire il imagine une histoire d’amour au rythme des musiques cubaines. Les percussions mènent le rythme. Danseuses et danseurs se déhanchent, se frôlent. La danse devient séduction… le tour est joué. Pour le chant, il invite Célia Kameni à rejoindre « Bigre ! » avec qui elle a déjà travaillé sur le disque précédent. La chanteuse est présente sur la moitié du répertoire de « ¡Caramba ! ».

Le trompettiste et la chanteuse sélectionnent quatre grandes chansons françaises. Ils ciblent Mea Culpa (textes de Michel RivGauche/musique Hubert Giraud) chanté par Edith Piaf, La Chanson des Vieux Amants (texte de Jacques Brel/musique de Brel et Gérard Jouannest) et Gueule d’amour de Barbara (texte et musique). Félicien Bouchot transforme les musiques et de conçoit des arrangements orchestraux qui transfigurent les rythmes d’origine en des musiques latino-cubaines aux rythmes endiablés. Les cuivres font flamboyer la musique sur une rythmique étincelante. Ça groove de belle manière. On écoute Célia Kameni qui mène le show sur Quelle histoire (paroles de Jeanne Moreau/musique d’Antoine Duhamel).

On peut aussi apprécier deux thèmes interprétés en Anglais. So Called Love composé (paroles et musique) par Célia Kameni et Eternalee composé (paroles et musique) et interprété par le chanteur et bugliste Kevin Louis. Le dernier titre de l’album reprend des motifs de « Miami Beach Rumba » (de J. A. Camacho, I. Fields et A. Gamse) devenu sur le disque Voyage à Cuba, un titre plein de fraîcheur et d’humour.

Les sept morceaux instrumentaux permettent de profiter de la richesse et de la complexité des rythmiques et des orchestrations, toutes plus étincelantes les unes que les autres. On note le clin d’oeil de l’orchestre à son histoire musicale qui fait surface sur Mambo 1 où la musique de Cuba embrasse celle de l’Ethiopie.

Pour sûr, « ¡Caramba ! » sonne vraiment cubain. Les rythmes latins, rumba, charaga, timba, son, bolero, cha cha, bata les plus variés défilent. Dans le pur esprit des années 50, le Big Band « Bigre ! » exécute des orchestrations chatoyantes et cuivrées. Les rythmiques complexes et précises respectent les codes des musiques cubaines qui éclatent dans un feu d’artifice inouï.

Eliane Elias déclare son amour de la Samba avec l’album « Dance of Time »

Eliane Elias déclare son amour de la Samba avec l’album « Dance of Time »

Deux ans après l’album « Made in Brazil », Eliane Elias revient en 2017 avec « Dance of Time ». Une déclaration d’amour à la samba dont la pianiste-chanteuse célèbre les 100 ans.

Durant toute sa carrière Eliane Elias, native de São Paulo a navigué entre jazz et Brésil, deux musiques dans lesquelles elle est parvenue à s’imposer avec autant de talent et de succès.

Du côté du Brésil, la bossa nova a longtemps eu sa préférence avec plusieurs albums consacrés à ce style, « Eliane Elias Plays Jobim » (1990), « Fantasia » (1992), « Paulistana » (1993), « Eliane Elias sings Jobim » (1998); « Bossa Nova Stories » (2009) et bien sûr « Made in Brazil » enregistré au Brésil en 2015 qui est un hommage vibrant à trois générations de compositeurs brésiliens.

Pourtant en 2016, Eliane Elias revient au Brésil pour enregistrer cette fois « Dance of Time » (Concord/Universal) dont la sortie est annoncée pour le 24 mars 2017. Dans son pays natal on fête alors le centenaire de Pelo Telefone, la première samba jamais enregistrée et la pianiste-chanteuse entreprend de graver un album à cette occasion afin de célébrer ce style musical.

Pour Eliane Elias, « la samba est à la fois la plus authentique et la plus irrésistible des musiques brésiliennes. On peut difficilement imaginer meilleur endroit au monde que le Brésil pour tenter de capturer l’essence de cette musique. Il fallait impérativement que je me trouve là-bas pour pouvoir enregistrer « Dance of Time. »

« Dance of Time » consacre donc principalement son répertoire à la samba et plus précisément à cette forme de samba qui entretient une filiation étroite avec le choro, cette danse populaire très ancienne et improvisée jouée à l’origine sur l’alaúde, sorte de luth portugais aux origines orientales, une samba qui se dansait en cercle, les rodas (les rondes), un style qui est un métissage entre les musiques européennes du Portugal et de l’Espagne et celle de l’Afrique.

L’album « Dance of Time » ouvre avec O Pato, le célèbre thème de J.Silvia et N.Teixeira où Eliane Elias expose avec brio tout son art. Le swing sans pareil de son piano et sa chaude voix sensuelle qui n’a vraiment rien de celle du canard évoqué dans la chanson. Eliane Elias sait vraiment caresser les syllabes et les faire vibrer au rythme de la samba. En amont de la sortie de l’album, on écoute un très court extrait d’O Pato.

Pour authentifier le climat samba du disque, la pianiste-chanteuse invite aussi deux personnalités marquantes du Brésil. D’une part João Bosco dont elle apprécie l’authenticité. Le guitariste et chanteur sait faire swinguer la musique comme on peut d’ailleurs se rendre compte en écoutant Coisa de Feita dont le groove constitue un moment phare de l’album. D’autre part, avec Toquinho, Eliane Elias interprète Sambou Sambou et Samba de Orly, dont les versions magnifient ces deux sambas portant déjà si souvent écoutées.

Sur ce nouvel opus, Eliane Elias rend hommage aux personnes qui l’ont accompagnée à ses débuts, tant au Brésil qu’aux Etats-Unis et passe sa carrière en revue, d’hier à aujourd’hui, du Brésil aux Etats-Unis. Autour d’elle, des invités prestigieux tels que que le pianiste Amilton Godoy, les guitaristes et chanteurs João Bosco et Toquinho, le trompettiste Randy Brecker, le vibraphoniste Mike Mainieri et aussi Mark Kibble.

A 7 ans Eliane Elias commence à jouer piano à São Paulo et continue après 6 ans de travail l’étude technique classique du piano son professeur, Amilton Godoy dont elle prétend qu’il l’a aidée à développer son style. Il est invité sur « Dance of Time ».

Eliane Elias entame une carrière de musicienne professionnelle et gagne New-York au début des années 80 et rejoint le groupe « Steps Ahead »  aux côtés de Michael Brecker, Peter Erskine, Eddie Gomez et Mike Manieri. En 1983, elle enregistre un album avec le groupe. Sur « Dance of Time », Eliane Elias invite le vibraphoniste Mike Manieri sur deux titres de l’album. Une composition originale de la pianiste, Little Paradise et A habit for me une bossa nova qui parle d’amour et que Frank Sinatra a chantée.

Peu après avoir quitté « Steps Ahead », Elias Elias commence une collaboration avec le trompettiste Randy Brecker. Leur album duo, sorti en 1985, porte le nom de leur fille Amanda. Randy Brecker revient jouer avec Eliane Elias sur le titre Speek Low à l’ambiance globale plutôt jazz-pop-funk.

Eliane Elias présente mieux que personne cet album « Dance of Time » dont les douze titres exubérants devraient encore une fois ensorceler son public.

Le retour de »Vocal Sampling », le seul orchestre de salsa a capella

Le retour de »Vocal Sampling », le seul orchestre de salsa a capella

« Vocal Sampling » revient le 03 mars 2017 avec son nouvel album « Asi de Sampling ! ». C’est à s’y tromper, le groupe reproduit a capella, le son des instruments d’un orchestre cubain

Dès les premières notes, la magie du sextet cubain mythique fonctionne. En fermant les yeux on a vraiment l’illusion d’écouter un orchestre cubain avec chanteur, trombone, trompette, flûte, basse, piano, guitare, percussion et batterie… et pourtant ce sont les voix a capella qui assurent les mélodies et les rythmes.

Le groupe « Vocal Sampling », dont les débuts remontent à 1989, réunit autour de René Baños Pascual, le directeur musical, les chanteurs Oscar Porro Jimenez, Reinaldo Sanler Maseda, Pedro Guillermo Bernard Coto, Luis Alberto Alzaga Mora et Hector Crespo Enriquez. L’album « Asi de Sampling ! » (Sound Surveyor Music/L’Autre Distribution) a été enregistré en 2016 sous la direction de René Baños Pascual.

Depuis leur premier album « Una Forma mas » en 1993, les chanteurs ont sillonné le monde entier dans les années 90 et 2000, parcourant les clubs de jazz et les grandes scènes d’Europe, d’Asie, des Amériques et du Japon. Leur album de 2001, « Cambio de Tiempo » a été suivi par « Akapelleando ». En 2015, le groupe a rodé le répertoire de l’album « Asi Sampling ! » en Asie et au Mexique avant de l’enregistrer en 2016.

« Vocal Sampling », un groupe de salsa avec seulement des cordes vocales, des bouches, des mains et des micros. Musicalité garantie !

Au répertoire de l’album « Asi de Sampling », cinq compositions du directeur musical René Baños Pascuale qui a aussi conçu les arrangements des quatorze titres de l’album.

Parmi les autres morceaux on peut citer les plus connus. Le fameux Tiene Que Haber de To du chanteur cubain Tony Avila et des thèmes du fameux « Buena Vista Social Club » dont le langoureux Dos Gardenias et d’autres titres de leur dernier opus. On trouve aussi Every Breath You Take de Sting, Blowing In The Wind de Bob Dylan et l’adaptation surprenante d’un chant traditionnel chinois Tian Mi Mi. Sans oublier le non moins connu Five Minutes more de Sammy Cahn et Jule Styne popularisé par Franck Sinatra. La reprise vaut son pesant de notes

Yilian Cañizares ressort son album « Invocacion » en version deluxe

Yilian Cañizares ressort son album « Invocacion » en version deluxe

Le 20 janvier, Yilian Cañizares a ressortie chez Naïve l’album « Invocacion » en version deluxe et elle était le 21 janvier au Trianon, en première partie du Jazz Magazine Festival. Beau début d’année 2017 pour la violoniste et chanteuse cubaine.

 

On se rappelle le 09 mars 2015 chez Naïve la sortie de l’album « Invocacion ». Belle découverte !

Dix titres proposés par la chanteuse et violoniste Yilian Cañizares accompagnée de Daniel Stawinski au piano, David Brito à la contrebasse et Cyril Regamey à la batterie et aux percussions. Cette native de La Havane propose un langage singulier et séduisant. et a vraiment le rythme dans la peau !

En ce début 2017, Naïve ressort l’album « Invocacion » en version deluxe avec 2 remixes inédits par BLVK SAMURAI, excellent Producteur et Beatmaker de la Nouvelle Orléans, Beroni Abebe Osun (BLVK SAMURAI remix) et Toi Mon Amour (BLVK SAMURAI remix).

Nourrie de jazz, de musique cubaine et de musique classique, Yilian Cañizares navigue entre une douceur langoureuse et une exubérance incandescente. La jeune violoniste et chanteuse plonge l’auditeur dans une musique éclectique et hybride.

A l’exception de Beroni Abebe Osun (chant traditionnel) et de Non, je ne regrette rien (Vaucaire/Dumont), Yilian Cañizares a composé les huit autres titres de l’album. On est emballés par les contrastes de la musique où les rythmes cubains complexes alternent avec de douces compositions.

Au violon, ses interventions instrumentales sont renversantes de vélocité, de nuances et de précision. Le chant séduit par sa fluidité sur les ballades et sur les rythmes médiums mieux que sur les tempos rapides où la chanteuse a une légère tendance à forcer sur sa voix.

De La Havane à Caracas en passant par la Suisse, la violoniste a élaborée un langage très personnel qui balance entre des rythmes effrénés et de douces invocations à ses ancêtres. On aime Donde Hay Amor l’hommage qu’elle fait à son grand-père et aussi celui qu’elle adresse à Luis Carbonnell avec Canción de Cuna para dormi a un negrito.

Yilian Cañizares révèle la tendresse de son amour pour sa mère dans Iya Mi où elle mêle sa voix au flow de Akua Naru. Sa version de Non, je ne regrette rien, la chanson d’Edith Piaf, renouvelle le titre même s’il ne l’enchante pas.

Sur la version d’origine de Toi Mon amour la voix dialogue vraiment avec le violon alors que la version remixée met plus l’accent sur la dimension rythmique. La version remixée de Beroni Abebe Osun introduit une étrangeté qui sied fort à ce titre dédié à la déesse yoruba Orisha. Le titre éponyme de celui de l’album demeure un moment clé de cet album « Invocacion » qui convoque les esprits de la vie.

« Invocacion », entre tradition et modernité, entre lyrisme et rythmes ensorcelants, une musique énergique et puissante qui enchante les oreilles et dynamise le cœur.

Pour plus d’actualité sur Yilian Cañizares …. une visite sur son site s’impose.

Le samedi 21 janvier 2017, Yilian Cañizares a ouvert à 19h la deuxième édition du Jazz Magazine Festival au Trianon à Paris. Avec la jeune chanteuse et violoniste, jazz et musique cubaine ont enchantés et mis la salle en forme. Suivis ensuite par la chanteuse Malou Beauvoir et l’exceptionnelle Cecil McLorin Salvant dont le dernier album, “For One To Love”, a été récompensé d’un Grammy Award. Un triple concert très riche qui a tenu toutes ses promesses.

 

Latin de Jazz

« Havana Cultura Anthology », la créativité de la musique cubaine

« Havana Cultura Anthology », la créativité de la musique cubaine

Les vingt-trois titres de « Havana Cultura Anthology » célèbrent huit années de recherches et d’expérimentations musicales menées par Gilles Peterson sur l’avant garde musicale de Cuba. La sortie de ce double CD donne à entendre la vitalité de la culture musicale cubaine.

Quelques mots sur Gilles Peterson, même si la réputation du DJ et programmateur n’est plus à faire. D’abord  sur la radio 1 de la  BBC il est passé en 2012 sur BBC radio 6 Music pour animer trois heures d’émission tous les samedis. Ce DJ est aussi producteur et responsable de label. C’est d’ailleurs sous cette casquette qu’il a réalisé des compilations thématiques autour des musiques brésiliennes, africaines et bien d’autres styles de musiques où se mêlent l’électro, le hip-hop, le funk, le R&B, le jazz, des musiques teintée de world ou d’underground. Clairement, le père de l’Acid-Jazz est un vrai défricheur de talents et de musiques.

Invité en 2009 à Cuba par Havana Cultura, Gilles Peterson a alors enregistré avec la fine fleur de l’île, un double album, « Havana Cultura : The New Cuba Sound ». En 2010 il produit « Havana Cultura Sessions EP » avec Danay Suárez et aussi « Havana Cultura Remixed ». En 2011 la série continue avec « Havana Cultura : The Search continues » et il faut ensuite attendre 2014 pour que sorte « Havana Cultura MIx – The Soundclash! ». En 2015 Gilles Peterson travaille avec la chanteuse Daymé Arocena avec qui il réalise « Havana Cultura Sessions EP ». Cette initiative se poursuit jusqu’à 2016 où est publié « Havana Rumba Sessions ». Le projet que Gilles Peterson mène avec Havana Cultura constitue une référence musicale sérieuse qui présente l’arc en ciel de la création musicale cubaine.

Après huit années de ce travail acharné à explorer la musique cubaine sous toutes ses formes actuelles, Gilles Peterson livre le 18 novembre 2016« Havana Cultura Anthology », un double album produit sous son label Brownswood Recording. Les vingt-trois titres témoignent de la créativité cubaine contemporaine et de la diversité des expressions.

Ce double album est le résultat du travail mené par Gilles Peterson depuis 2008, en collaboration étroite avec son Havana Cultura Band, qui réunit le meilleur des musiciens et chanteur(se)s cubains invité(e)s : Danay Suarez, Daymé Arocena, Telmary et Elain Morales, Mayra Carirad Valdes, Dreiser Sexto Sendido. Dans la galaxie du producteur on trouve les brillants re-mixeurs que sont Mala, Motor City Drum Ensemble, Owiny Sigoma, Poirier ou Michel Cleis.

A l’écoute des 23 titres du double album on découvre les visages multiples d’une musique à l’inventivité bouillonnante. Certes de nombreux morceaux, comme Arroz con Pollo ou Ipacuba, restituent la tradition afro-caribéenne influencée quelquefois par la culture yoruba. D’autres titres restituent l’influence des musiques urbaines comme Check La Rima ou La Mulata Abusadora gravé en 2011 sur « Havana Cultura : The Search continues » ….

 

On aime aussi  les couleurs jazz de Orisa et de Rezando qui tranchent avec les atmosphères plutôt house du Rezando remix par Michel Cleis ou de celui de La Plaza par Poirier. On vibre aux échos de La Rumba Experimental, un remix de Motor City Drum Ensemble, enregistré en 2016 sur « Havana Rumba Sessions »

… et pour se faire plaisir on survole en 8’59 le double album « Havana Cultura Anthology ». Que du bonheur !!!

En comparant le double album « Havana Cultura Anthology » au Buena Vista Social Club du XXIème siècle, le producteur anglais Gilles Peterson affirme une vérité criante. En effet, cette anthologie témoigne de la vitalité de la musique cubaine toujours plus brillante et inventive que jamais.


Latin de Jazz

« ABUC »… ! Roberto Fonseca voyage dans l’histoire de la musique cubaine

« ABUC »… ! Roberto Fonseca voyage dans l’histoire de la musique cubaine

Roberto Fonseca publie « ABUC », son huitième album chez Impulse! Véritable kaléidoscope de couleurs dansantes, « ABUC » raconte la riche histoire de la musique cubaine. Le pianiste croise les sons d’hier et ceux d’aujourd’hui. Les époques se télescopent, les rythmes éclaboussent de couleurs et d’énergie.

Dès le titre de l’album, « ABUC », Roberto Fonseca annonce la couleur. Tout comme il inverse les lettre du nom de « CUBA » pour nommer son album, il mélange dans un voyage musical chatoyant toutes les musiques cubaines au long des quatorze plages. En effet le pianiste mêle les rythmes et les sons. Il inscrit de la modernité au sein de la tradition musicale cubaine.

L’album « ABUC » (Impulse!/Universal) sorti le 11 novembre est vraiment un concentré énergique de la tradition cubaine que stimule la modernité.

Avant cet album, on connaissait déjà quelques détails de la vie du pianiste cubain Roberto Fonseca. Apparu sur scène à l’âge de 15 ans au Festival International de la Havane, celui qui a étudié au Havana’s Superior Institut of Art a sorti son premier album « Tiene que ver » en 1999. On sait qu’il a assuré le remplacement de Ruben Gonzalez au sein du Buena Vista Social Club avant d’accompagner Ibrahim Ferrer lors d’une grande tournée mondiale.

Par la suite il a mis son talent au service de la chanteuse Omara Portuando. En 2014, sur les scènes de l’hexagone, on a pu écouter le pianiste jeter un pont entre Cuba et l’Afrique aux côtés de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara. Un album est d’ailleurs né de cet échange, « At Home » (Montuno/Jazz Village), enregistré live au Festival de Jazz de Marciac.

 Aujourd’hui, sur « ABUC »,  Roberto Fonseca fait le choix délibéré de raconter l’histoire de la musique cubaine à sa manière. Il propose sa propre vision et incorpore des allusions au passé à une musique délibérément contemporaine.

Des origines à aujourd’hui, « ABUC » conte la grande histoire de la musique cubaine. Avec cet album pêchu et coloré, Roberto Fonseca donne à entendre contradanzamambo, cha-cha-cha, danzon et boléro. Comme lors d’une sauvage escarga, ces jams cubaines où les musiques se mélangent, le passé se mêle au présent. Les musiques du passé se teintent d’ambiances contemporaines. Les rythmes cuivrés coexistent avec le hip-hop.

Roberto Fonseca s’affranchit de toute chronologie et navigue en zigzag à travers le temps dans un voyage qui n’a vraiment rien de linéaire. Au gré des titres il mélange les époques et les styles et fait même coexister des musiques de différentes périodes au sein d’un même morceau.

Quatorze plages dont huit compositions originales et quatre autres thèmes co-composés avec certains des interprètes de l’album. Une composition de Ray Briant ouvre et termine « ABUC ». Il s’agit de Cubano Chant. Cette composition du pianiste Ray Briant (1931–2011 est un des premiers morceaux de jazz que Roberto Fonseca a écouté. Il dit l’apprécier à double titre, d’abord pour son appartenance au jazz dont le pianiste se revendique et aussi parce que Ray Briant l’a conçu comme un hommage à Cuba et sa musique.

En ouverture de l’album, on écoute une riche version orchestrale de Cubano Chant. Le piano présente le thème. Il est vite rejoint par des percussions foisonnantes et de chatoyants riffs cuivrés . Le trombone virtuose de Trombone Shorty vient dialoguer avec l’orchestre et le piano. L’énergie est au rendez-vous. Pour terminer l’album, Roberto Fonseca reprend le thème en piano solo. Une très courte improvisation virtuose et syncopée prise sur un rythme plus rapide que le titre d’ouverture.

Aux côtés du pianiste, les intervenants sont nombreux. Outre la chanteuse Daymé Arocena et le chanteur Carlos Calinga, on a le plaisir de retrouver Rafael Lay, Roberto Espinosa Rodriguez et les chanteurs de l’Orquesta Aragon. La participation du trompettiste Manuel « Guajiro Mirabal » apporte une touche nostalgique au titre Despues.

On a vibré sur Tumbao de la Unitad, une guajira où les sonorités de la guitare électrique se mêlent à de l’électro et aux percussions du Brésilien Zé Luis Nascimento. Le bonheur est complet lorsque résonne la voix et la guitare d’Eliades Ochoa. Il appelle à l’amour, à la paix et à l’unité dans le monde. Au moins la musique permet-elle d’espérer que ce rêve devienne un jour réalité.

Sur Contradanza Del Espiritu, le vieux rythme cubain de la contredanse est pris très lentement. La masse orchestrale de cuivres et percussions rejoignent le piano. Roberta Fonseca accentue l’aspect classique de ce titre. On est aussi séduit par la modernité de Tierrra Santa ainsi que par Sagrado Corazon où, avec l’Orquesta Aragon, le rythme hésite entre bolero, danzón et cha-cha-cha.

Family résonne comme un boogaloo immergé dans la musique cubaine. Orgue électrique, riff des cuivres, voix teintées années 60, tout se télescope et enchante. La fin du morceau n’est pas sans rappeler les orchestrations de Lalo Shifrin ou Les Cornichons de Nino Ferrer.

Tous les titres rivalisent d’inventivité et de chaleur mais sans nul doute, Afro Mambo devrait rallier tous les suffrages. On se laisse porter par les couleurs typiques de ce mambo où voix, percussions et riffs cuivrés stimulent le jeu du piano. Si le titre audio est splendide, la vidéo Afro Mambo est absolument renversante.

Sur « ABUC », le son d’aujourd’hui croise celui d’hier. A l’écoute de l’album, on chavire et on se retrouve la tête à l’envers mais on reprend très vite l’équilibre pour entrer dans la danse et laisser tourner en boucle les 14 titres de l’album. Un concentré d’énergie irrésistible.


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